Fables
Europe de l'Ouest

Le Lièvre et la Tortue

level 3
Difficulté ***

Rien ne sert de courir ; il faut partir à temps.
Le Lièvre et la Tortue en sont un exemple.
Parions, dit la Tortue, que vous n’atteindrez pas
Aussi vite la ligne que moi. Aussi vite ? J’en tremble…
Répondit le Lièvre.
Ma chère avez-vous de la fièvre ? 
Vous faut-il un médicament ?
Fièvre ou non, partons maintenant.
Ainsi fut fait : et des deux ennemis
On mit près du but les prix.
Savoir quoi, ce n’est pas l’affaire ;
Ni par qui la victoire serait jugée.
Notre Lièvre n’avait que quatre pas à faire ;
J’entends de ceux qu’il fait lorsque, prêt d’être touché
Il s’éloigne des Chiens, les renvoie à jamais,
Et leur fait parcourir les prés.
Ayant, dis-je, du temps en reste pour brouter,
Pour dormir, et pour écouter
D’où vient le vent, il laisse la Tortue encore
Aller à son rythme lent.
Elle part, elle fait des efforts ;
Elle se dépêche lentement.
Lui cependant méprise une telle victoire ;
Trouve dans le défi peu de gloire ;
Croit qu’il y va de son honneur
De partir tard. Il mange, il se repose,
Il s’amuse à toute autre chose
Qu’à l’enjeu. À la fin, quand il vit
Que l’autre touchait presque à la fin du parcours,
Il partit comme un trait ; mais les élans qu’il fit
Etaient inutiles : la Tortue arriva la première à la course.
Eh bien, lui cria-t-elle, n’avais-je pas raison ?
À quoi vous sert votre vitesse ?
Moi, l’emporter ! et que serait-ce
Si vous portiez une maison ?