Guide pratique

Le conte à l’école
pour maîtriser la parole

Table des matières

Introduction du guide

Comment conter à l’école ?

Avec quelles histoires ?

Pour quels bénéfices ?

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Le Projet

La maîtrise de la parole est le socle de tous les apprentissages :
Avant d’apprendre à lire et à écrire, l’enfant doit apprendre à parler

La situation dans l’Union européenne

D’après le Programme international de l’OCDE pour le suivi des acquis des élèves (PISA), les élèves français, italiens, portugais et belges ont des performances préoccupantes en compréhension de l’écrit en fin de scolarité primaire. Plus de 20 % d’entre eux sont incapables d’identifier l’idée principale dans un texte de longueur moyenne, de trouver une information, d’analyser et de réfléchir sur un texte, tandis que les élèves bulgares sont 47 %.

En classe, les professeurs constatent l’incompréhension des textes, la difficulté à lire à voix haute, à s’exprimer à l’oral et à l’écrit, à articuler les idées entre elles…

La France et la Belgique sont parmi les pays où le lien entre l’origine socio-économique et la performance des élèves est le plus fort
– au contraire du Royaume-Uni, pays dans lequel l’oral est au moins aussi important que l’écrit, et où, tous les jours, dès l’âge de cinq ans, on parle devant la classe.

On peut s’interroger sur une corrélation entre la fréquence de la pratique de l’oral dès le plus jeune âge et les performances en compréhension de l’écrit.

Dans Seeds of Tellers, le Portugal est le pays où l’écart entre élèves favorisés et défavorisés est le plus faible. Or, dans les programmes scolaires portugais, l’oralité est très présente. L’objectif est de permettre aux élèves « non seulement de comprendre le discours, mais aussi de s’exprimer de manière appropriée (clairement, audiblement, en fonction du contexte), en développant des compétences discursives telles que l’élaboration de récits ». Les enseignants et élèves portugais racontent des contes, des devinettes, des légendes issus du patrimoine oral, parfois par cœur (texte écrit), parfois plus librement.

En Bulgarie, alors même que les contes imprègnent fortement la culture populaire, la forme écrite est privilégiée dans les écoles, alors que la transmission orale se maintient dans certaines catégories de la population. Dans l’ensemble des autres pays du partenariat, la domination de l’écrit dans la culture scolaire nourrit les pratiques pédagogiques depuis des siècles. L’oral scolaire est presque toujours orienté de l’élève vers le maître. Le « par cœur » est souvent employé, avec la récitation. L’exposé est préparé comme un écrit ; les oraux des examens aussi : pour l’école, la parole naît de l’écriture.

Mais il semble que la question de l’oral ressurgit quand l’école est confrontée à une crise. Les choses évoluent : en Italie, les élèves ont un entretien oral multidisciplinaire sur les sujets de leurs études à partir de cette année. En France apparaissent le Grand oral en Terminale et l’épreuve d’éloquence au brevet des collèges. Le programme de l’Éducation nationale indique, pour le cycle 2 (6 à 8 ans), que « le professeur veille à la pertinence et à la qualité du langage oral des élèves en toute occasion », sans pour autant donner de méthode. La formation des enseignants intègre désormais la réflexion sur l’oral, et pousse les enseignants à pratiquer.

Promouvoir les occasions de prise de parole

Cela peut paraître une évidence, mais pour que les enfants parlent, il faut leur accorder la parole et promouvoir les occasions de prise de parole. C’est pourquoi cette méthode est différente de ce qui se pratique habituellement à l’école, et peut surprendre : ici, pas de récitation par cœur, on a le droit de parler, et on peut se tromper !

L’objectif est de susciter chez l’enfant l’envie de prendre la parole et de lui donner un cadre dans lequel le faire. Pour cela, un climat d’écoute bienveillante est nécessaire, car la capacité à prendre la parole dépend de la manière dont on est écouté. Ces conditions réunies, l’enfant peut se lancer, se confronter au défi de prendre la parole en public, afin de ressentir le plaisir, la fierté d’avoir réussi.

Pour cela, il aura le droit d’essayer autant que nécessaire, d’une séance à l’autre. Il comprendra qu’il est normal de tâtonner. L’erreur, ici, a une valeur constructive. De même, la répétition n’est en rien négative. (Il faut bien environ 2000 tentatives infructueuses à un bébé avant qu’il se mette réellement à marcher !) Les contes seront transmis et travaillés exclusivement à l’oral, sans le support d’un texte écrit. Cela permettra aux enfants de s’affranchir de toute difficulté liée à la lecture et à la compréhension d’un texte et d’éviter le « par cœur ».

Limiter l’approche psychopédagogique

La richesse du contenu symbolique des contes est telle qu’ils se prêtent naturellement à l’analyse et à l’interprétation, et non pas à une seule interprétation. Ces aspects peuvent intéresser l’enseignant, mais il n’est pas nécessaire de les connaître pour raconter un conte. Les contes sont des récits mystérieux, empreints de significations profondes et cachées, d’images symboliques traduisant les problèmes auxquels nous sommes confrontés dès l’enfance, et il est bon de laisser chacun s’en emparer à sa façon.

Expliquer le « message » d’un conte revient à en imposer une lecture. Rester dans la simplicité et le plaisir communicatif de transmettre une histoire suffit ; cela laisse de l’espace à l’auditeur qui pourra d’autant mieux se l’approprier en créant ses propres images mentales, avec sa personnalité, sa sensibilité, ses émotions, son vécu.

Un sondage réalisé en 2011 auprès d’élèves de 6e (11 ans) ayant participé à un projet autour des contes à l’école, révélait que 90 % des élèves avaient raconté des histoires, en classe ou à la maison, que 40 % avaient lu plus de dix livres dans l’année (95 % en ont lu plus de deux), et que plus de 80 % affirmaient avoir fait des progrès à l’écrit. Par ailleurs, si 66 % de la classe déclarait n’avoir pas d’intérêt pour la lecture en entrant au collège, plus de 77 % y avaient pris goût en fin d’année.

Donner du temps

C’est un projet qui, idéalement, s’inscrit dans la durée : toute une année scolaire, quand cela sera possible ; ou pendant quelques mois. Chaque semaine, un créneau fixe y sera consacré : même jour, même lieu et même heure. Un rendez-vous régulier entre les élèves et la pratique de la parole au travers des contes et autres histoires.

Barbara Lachi (Grimm Sisters)
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